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Techdimanche 19 avril 2026·Ars Technica

Double tranchant pour Blue Origin : un booster réutilisé avec succès, mais une mission gâchée par un échec orbital

Un dimanche de contrastes pour Blue Origin : si l'entreprise de Jeff Bezos a prouvé sa maîtrise de la réutilisation avec l'atterrissage réussi de son premier étage, une défaillance critique de l'étage supérieur a gâché la fête. Le satellite d'AST SpaceMobile, placé sur une orbite trop basse, est d'ores et déjà considéré comme perdu.

Un succès technique assombri par une perte opérationnelle

C’était un vol qui devait marquer l’entrée de Blue Origin dans le cercle très fermé des opérateurs de lanceurs orbitaux réutilisables. Ce dimanche, au départ de Cap Canaveral, le lanceur géant New Glenn (98 mètres de haut) a parfaitement entamé sa troisième mission. Les sept moteurs BE-4 du premier étage ont propulsé l'engin avant que le booster, surnommé *« Never Tell Me The Odds »*, ne revienne se poser avec précision sur une plateforme en mer. Ce succès confirme que Blue Origin peut désormais rivaliser avec SpaceX sur le terrain de la récupération des boosters lourds.

Cependant, la célébration a été de courte durée. Quelques heures après le décollage, Blue Origin a dû admettre que tout ne s’était pas passé comme prévu pour la suite du voyage.

L'étage supérieur manque sa cible

Si le premier étage a rempli sa mission, l'étage supérieur (propulsé par deux moteurs BE-3U) n'a pas réussi à atteindre l'altitude visée. Au lieu de placer le satellite de télécommunications d'AST SpaceMobile sur une orbite circulaire à 460 kilomètres d'altitude, l'étage a relâché sa charge utile sur une trajectoire erratique.

Les données de suivi de l'US Space Force ont révélé un point bas (périgée) à seulement 154 kilomètres de la Terre. À cette altitude, la densité de l'atmosphère est telle que le satellite subit une traînée insurmontable. AST SpaceMobile a rapidement confirmé que le satellite BlueBird 7 était « trop bas pour maintenir ses opérations » malgré ses propres propulseurs. L'engin est donc condamné à se désintégrer dans l'atmosphère d'ici quelques jours ou semaines.

Un coup dur pour AST SpaceMobile et un avertissement pour Bezos

Pour la startup AST SpaceMobile, qui ambitionne de créer un réseau haut débit spatial accessible directement sur smartphone, la perte est significative. Bien que l'entreprise soit assurée, ce contretemps ralentit le déploiement de sa constellation face à des géants comme Starlink (SpaceX) ou Kuiper (Amazon), qui avancent à marche forcée.

Pour Blue Origin, ce mélange de réussite et d'échec souligne la complexité de l'accès à l'espace. Si la réutilisation du booster est une victoire pour le modèle économique de Jeff Bezos, la fiabilité de l'étage supérieur est cruciale pour l'avenir. Le New Glenn est en effet un pilier du programme Artemis de la NASA, censé ramener l'homme sur la Lune. Tout incident sur l'étage supérieur sera scruté de très près par l'agence spatiale américaine, qui ne peut se permettre le moindre doute sur la sécurité et la précision des trajectoires de ses futures missions lunaires.

La malédiction du second étage

Blue Origin n'est pas la seule à souffrir de ces maux de « fin de vol ». SpaceX a également connu plusieurs déboires avec les étages supérieurs de son Starship lors des tests initiaux, et même son fidèle Falcon 9 a parfois rencontré des anomalies sur ses moteurs de second étage. C’est la partie la plus complexe de la mission : rallumer des moteurs dans le vide après une phase de vol balistique reste l’un des exercices les plus périlleux de l’ingénierie spatiale moderne. L'enquête technique qui s'ouvre sera déterminante pour le calendrier des prochains lancements de New Glenn en 2026.

Points clés à retenir

  • Premier vol de réutilisation réussi pour le booster du New Glenn.
  • Échec de l'étage supérieur (BE-3U) menant à une orbite trop basse (154 km).
  • Le satellite BlueBird 7 d'AST SpaceMobile est condamné à la rentrée atmosphérique.
  • Blue Origin doit analyser cette anomalie avant de poursuivre ses contrats avec la NASA.